Par Jacques Beetschen, à Paris, le 5 mars 2010
Alice est une étrange bande dessinée. Le scénario est difficilement explicable, car difficilement compréhensible. L’histoire se déroule sur Mars et se focalise sur une jeune femme solitaire, qui se replie dans un monde virtuel, dont le principe de connexion est proche de celui d’eXistenZ de David Cronenberg (on se branche des câbles dans le poignet). Cette même femme fera cependant la rencontre, dans la réalité cette fois-ci, avec une petite fille, elle-aussi repliée sur elle-même. D’une certaine manière, Alice narre la rencontre de deux solitudes, à deux âges différents.
Sur un plan esthétique, l’impression est mitigée. Le style est à la fois scolaire, et l’on sent un peu trop fortement les influences qui marquent l’univers (Enki Bilal mais aussi des influences essentiellement rattachées au monde de la peinture avec des artistes comme Tiepolo, le douanier Rousseau…). Cependant, il arrive parfois d’être agréablement surpris par certains dessins ou successions de plans. Malheureusement, le style graphique est très particulier, et peut grandement déplaire. De plus, on sent bien que Jean-François Cellier, le dessinateur, a encore du chemin pour arriver à une relative maturité de son art. Certaines scènes manquent de rythme, et certains dialogues sont parfois ratés, la faute à des expressions de visages peu subtiles. Scénaristiquement, le constat est quasi-identique. L’intention est louable mais l’ensemble manque de cohérence et se révèle surtout très confus, voire obscur. Alice reste malgré tout une bande dessinée intéressante à lire, car exigeante et intelligente, mais qui ne peut être appréciée qu’en acceptant ses nombreux défauts de jeunesse.
VERDICT : PAS MAL
La BD d’Alice, éditée par Soleil (2010), est écrite par Frédéric L’Homme, dessinée et colorisée par Jean-François Cellier.
















